La Diligence,

A la fin du siècle dernier seuls quelques propriétaires aisés ou des commerçants fortunés pouvaient se déplacer à cheval ou en  voiture particulière. Les gens des métairies avaient leurs attelages de vaches, mais la plupart des gens se déplaçaient à pied.
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© Copyright Saissac Autrefois 2013  
Ah ! Qu'il était beau le retour à Saissac de la grande diligence. C'était la  vraie, la superbe, avec ses roues énormes, son siège élevé, sa grande  bâche cintrée qui lui faisait comme un diadème de toile où s'engouffrait le  vent, ses portières jaunes et vertes, ses lanternes astiquées qui brillaient au soleil. Elle tenait toute la route qu'elle parcourait, fouet claquant au pas  tintinabulant de ses quatre chevaux, blancs d'écume, dont un en flèche,  pour s'arrêter triomphante devant le café de la Montagne Noire.   C'était un fier lapin que le voiturin Jean Marie Lozes. La bise, la froidure et  le solelhas avaient empourpré un nez camusé, rendus rougeaudes ses  grosses joues montagnardes, ses moustaches de forêt vierge pointaient  leurs guidons vers le ciel. Un oeil de grive et un long cou d'oiseau migrateur  le rendaient la-haut perché sur son nid de pie, semblable à un oiseau de  proie. Ses jambes arquées et sa casquette pliée en deux, pointant son bec  accentuaient encore cette impression. A terre c'était un grand montagnard,  dégingandé, un peu balandran, parfois bourru,  parfois avec un sourire  intarissable. A six heures quand la lourde voiture s’ébranlait, au tintement des colliers à  sonnailles pour dévaler au pont de l'Hort, le Jean Marie faisait un  grand  signe de croix et les voyageurs novices pâlissaient dès le premier virage. Le voiturin ne lâchait ses rênes, sa pipe et son fouet de  micocoulier que pour boire un coup à chaque arrêt : chez la veuve Beautes à Montolieu, à l'affenage Fiches à Moussoulens et à  l'auberge Clergue à Pezens. En deux heures arrêts compris on se retrouvait à Carcassonne devant 'hôtel Notre Dame. Avec son voisin l'hôtel Saint Jean Baptiste,  ils formaient au coeur de la ville, un lieu privilégié: affenages, auberges, relais de chevaux, un vrai caravansérail où un va-et-vient  continuel de voyageurs de tout l'arrondissement donnait une incroyable  animation. L'après midi à quinze heures la diligence reprenait le chemin de la montagne. A Montolieu elle s'arrêtait quelques instants devant le  collège pour laisser souffler les chevaux. Il fallait alors atteler un quatrième cheval nommé "renfort" pour gravir la difficile rampe vers  Saissac. Homme de caractère, Jean Marie conduisait avec la même autorité ses attelages et son ménage, composée de sa femme  Marguerite et de deux filles Adélaïde et Clémence. Adélaïde s'étant mariée jeune, c'est la Clémence, qui tous les jours, par n'importe  quel temps, souvent pieds nus, tenant ses sandales à la main, descendait tirant “renfort” par la bride jusqu'à Montolieu. Une fois le  cheval attelé son père l'autorisait à monter à ses cotés pour regagner Saissac. A son arrivée la patache était remisée dans un hangar à coté du café et les chevaux conduits à leur écurie dans le village, dans la rue Urbain Blanc.

Le Service des Diligences,

En 1896 la diligence de Saissac descendait tous les jours, sauf le vendredi. Deux voitures étaient utilisées, une grande nécessitant  l'emploi du fameux "renfort" et une plus petite qui se contentait de trois chevaux pour assurer le relais. A Saint-Denis, la diligence partait de l’hotel Septours où elle avait sa remise, elle assurait le service le mardi, le jeudi et le samedi. La voiture publique de Cuxac sortait seulement le jeudi et le samedi. Quel beau spectacle que le départ de toutes les diligences quittant l'après  midi les affenages. Sur la route blanche, sous les platanes, dans le vibrant  crissement des cigales, elles allaient sans hâte, d'eux mêmes les chevaux  prenaient le trot aux descentes et passaient au pas dans les montées.  L'odeur de leur sueur et du beau crottin blond se mêlait aux senteurs de la  garrigue et à celle du cuir des harnais. Sur la route on croisait la carriole jaune des gitans, de légères jardinières  attelées d'un cheval blanc, des boulonnais aux reins puissants tirant les  longues charrettes chargées  de demi-muids étagés, un tombereau bleu  comme la mer avec la charge lie de vin du marc. Pompom avec ses oreilles  au vent revenant de sulfater et tirant la boute avec résignation. Un beau matin de mai la route se paraît de chevrefeuille parfumé, de la  blancheur amoureuse des aubépines, puis se ridait sous la pesante chaleur d'août, se craquelait se pulvérisait. A l'automne, elle devenait une  sompteuse allée faite  de tous les ors, des  ciels de ramiers annonçaient l'hiver, la froidure, la neige, on rencontrait des  bergers à cape de bure, des écolies encapuchonnés, cartables en bandoulière  se hâtant vers l"école si lointaine. Il y avait toujours parmi les voyageurs, un curé à bréviaire, une mamette  entuyautée, un permissionnaire à la baïonette encombrante, une mère et son  maïnatgé, un commis voyageur racontant des histoires amusantes “connaissez-  vous celle du Gustou de Saissac ?”. Aux veilles des vacances des potaches dont la casquette et la vareuse  s'ornaient de palmes d'or lorgnaient les collégiennes aux nattes tressées dans  leur dos.
On allait à la ville en sabots ou pieds nus.  Arrivés aux portes de Carcassonne, toute la  famille laissait sabots ou galoches cachés  dans une vigne et enfilaient bottines et  souliers, pour entrer "bien chaussés”  et on  faisait la même opération au retour.Une paire  de souliers devait durer toute la vie. Malgré la fatigue on aimait ces voyages faits  en groupe, avec la famille, les amis, les  voisins. On chantait volontiers, on devisait  gaiement. En 1850 les frères Bosc de Saissac créèrent  les premières lignes de transport de  voyageurs. L’une partait de Saissac et  descendait à Carcassonne par Montolieu,  l'autre partait de Saint Denis et rejoignait la  plaine par Brousse et Fraïsse où était installé  un relais de chevaux.
V 1.20
la diligence de Saissac
Saissac Autrefois