Le Tramway,

C'est le 10 mai 1905 que ce tramway ahanant et à bout de souffle arriva à Saissac pour la première fois. Il appartenait à la  compagnie des Tramways à Vapeur de l'Aude (T-V-A). Cette société fondée en 1898 sous la présidence du baron Hely d'Oissel, gérait un réseau comprenant 11 lignes et 357 kilomètres de voies métriques.
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Les Tramways,

Qui chantera la poésie de ce qu'était au début du siècle ce train de montagne ? Parti de Bram-la-gauloise à destination de St Denis- l'improbable, et qui, vaillamment, soufflant la vapeur, crachant mille escarbilles, il gravissait avec une lenteur paysanne les rampes montagnoles. Train de voyageurs où l'on étouffait l'été, gelait l'hiver mais où l'on était  toujours noircis par les grains de charbon et de suie. Trains mouillés qui  passaient dans les champs, longs convois de marchandises bruissants, qui  pour la pluie avaient mis leurs lourds manteaux de bâches. On passait de champs blonds à des bosquets sombres, du bleuissement  des vignes à l'éblouissement des bruyères, de l'arborescence ajourée des  pinèdes aux sous-bois à la lumière rousse. C'est le 10 mai 1905 que ce tramway ahanant et à bout de souffle arriva à Saissac pour la première fois. Il appartenait à la compagnie  des Tramways à Vapeur de l'Aude (T-V-A). Cette société fondée en 1898 sous la présidence du baron Hely d'Oissel, gérait un réseau  comprenant 11 lignes et 357 kilomètres de voies métriques. La ligne de Saissac nécessita pour sa construction des déviations importantes en raison de la pente. Huit kilomètres de voies  particulières furent créés sur le reste du trajet. Les rails (de type Vignole) étaient noyés dans les chaussées existantes, et, simplement  posés sur des traverses en bois de second choix, malheureusement pour leur durée. Quatre robustes locomotives de type Corpet-Louvet au poids respectable  de 21 tonnes se relayaient sur la ligne Fanjeaux-St Denis. Tombereaux et wagons plats assuraient le trans-port des marchandises.  Les voitures pour voyageurs étaient de deux types. Un type mixte offrant  un compartiment de première de sept places avec sièges capitonnés,  garnis de drap mastic et un de seconde avec 14 places sur des  banquettes en lattes de bois. Les autres voitures comprenaient vingt et  une places assises de deuxième classe.  A chaque extrémité du wagon il y avait une plate-forme ouverte par où se  faisait l'entrée. Un balconnet en fer forgé donnait à ces voitures un petit  air de Far-West américain et l'on était étonné de ne pas trouver un  chasse-vache à la locomotive. Le parcours Bram-St-Denis était couvert en Ih34 en 1909 et 2h en 1915 à  cause du mauvais état de la voie. Trois aller-retour étaient effectués dans la journée. Rythme qui par moment tombe à deux, et même  à un seul pendant la grande guerre. Le tramway quittait Bram la riante, traversait à niveau les voies du Midi, passait dans des plaines quadrillées, triangulées de céréales,  vignes et tournesol, traversait le canal du Midi, pour arriver à la halte de Montplaisir. Franchissant prudemment la route nationale 113, il se lovait contre le parc de Ro-creuse, sautait le Tenten, pour arriver à la ferme maléfique de Jonquières. Là à cause d'un terrain mouvant, il lui arrivait parfois de quitter la voie pour  aller, tel un sous-préfet aux champs, s'étaler dans la prairie voisine. La  Corpet-Louvet sifflait alors éperdument à s'en époumoner. C'était le signal  convenu pour signaler son inconfortable position aux gens de St Martin qui  se portaient aux secours des sinistrés. A l'aide de palans et de crics,  cantonniers et bénévoles remettaient les voitures sur les rails et le petit  train repartait. Aux alentours, dans le dévalement des vignes, on voyait tout un lacis de  moulins, de maisonnettes en-guirlandées de liseron, des boqueteaux  d'olivier, des capitelles des troupeaux moutonnants parmi les cades et les  genévriers. Pays de la pierre chaude, et des chemins blancs tout tintant de  grelots. Sifflant puissamment et vomissant une fumée aussi noire qu'abondante, le  tramway arrivait à St Martin, petit village perché sur une colline avec un roc au bout tout une nichée de maisons bariolées ocre,  pistache, bure ou pastel. En contrebas, la gare, où l'aimable Joséphine Campa accueillait les voyageurs jeunes ou vieux qui montaient  ou descendaient parmi les meuglements des vaches paissant dans la prairie, les aboiements des chiens prisonniers dans une cage  grillagée. Le conducteur faisait le plein d'eau au puits voisin et le convoi démarrait. Des grincements montant des rails parcouraient  comme un frisson métallique tout le train depuis la locomotive jusqu'au fourgon de queue. En quittant la gare on avait l'impression que le marchepied de la Corpet allait heurter un  énorme platane, mais une astucieuse échancrure permettait le passage et l'arbre quoique  blessé continuait à dispenser une ombre généreuse. Voici le train longeant la route où vont voituriers aux tombereaux ferraillants, pâtres  vagabonds, gendarmes encore à cheval, facteurs aux jambes bleues, colporteurs. Au four à  chaux du Cammazou on déchargeait le coke et au retour on embarquerait les sacs blancs de  Cammazite ou de Viticalcite.  Une allée de grands platanes frais reliait la gare de Cennes au centre du village, hélas distant  d'une lieue. Le puissant sénateur-maire de Cenne, Monsieur Mir ne put jamais obtenir le  prolongement de la voie jusqu'au village d'Alzonne à cause du coût élevé de l'opération. Quittant Cenne et sa charmante receveuse Madame Bonnet, le train entamait la difficile  montée. Des rampes de 40 Mm/m et des courbes de 100 m de rayons voilà ce que devait  affronter la Corpet pendant 6 km avec des haltes à Cap de Porc et Garric rendez-vous des  gens de Villemagne. Mais loin des cigales et loin de la fournaise, la station de Saissac  apportait enfin dans un seul souffle la première fraîcheur du monde. Là dans sa robe immaculée, l'attendait l'impérissable Rose Calas.

Rose CALAS,

Chef de gare à Saissac,

Rose Calas a plus de 90 ans, elle a honte  d'être devenue si vieille. "Il y a bien  longtemps que je devrais être morte, se dit-  elle, est-ce que le Bon Dieu m'aurait oubliée  ?" Mais elle va toujours, le dos un peu plus  courbé, les jambes un peu moins sûres, sa  vue toujours aussi mauvaise. Ses doigts sont  toujours aussi agiles car elle ne leur a jamais  accordé de repos. Régulière comme une horloge, elle fait le tour du village à heure fixe, chaque après-midi,  remontant la route jusqu'à "La Promenade".
V 1.20
Le Traway passait à Saissac,
Saissac Autrefois